Lettre pastorale en date du 15 avril 2025
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Comme vous le savez déjà, une des premières choses que j’ai entreprises en arrivant dans l’archidiocèse, une fois que la dette qui pesait sur nos épaules depuis plusieurs années fut remboursée à la fin de l’année 2023, a été d’embaucher une compagnie professionnelle d’estimateurs de résidences qui feraient le tour de toutes nos églises et bâtiments de l’archidiocèse en l’espace de deux ans, afin d’en évaluer l’état « de santé » actuel et réel.
Pourquoi avoir entrepris cette démarche avant même d’élaborer un projet d’évangélisation ou de renouveau spirituel pour nos paroisses ? Premièrement, parce qu'on ne peut entreprendre une réforme spirituelle, voire une réforme structurelle et administrative, tant et aussi longtemps qu’on ne connaît pas exactement l’état de nos églises et bâtiments. Une fois ces données en mains, on peut alors commencer à imaginer des projets qui s’appuient sur les nouvelles données qui nous ont été présentées par ces experts en bâtiments. Ces données nous permettront de prendre des décisions éclairées concernant notre patrimoine religieux, qu'il s'agisse de vendre ou fermer un presbytère, une église, ou tout autre édifice dont l'entretien devient excessivement coûteux ou dont l'état pourrait compromettre la sécurité des fidèles.
Une prochaine étape qui va bientôt commencer dans l’ensemble du diocèse, sera de voir à ce que toutes les églises commencent à compter le nombre de fidèles qui fréquentent les célébrations liturgiques durant l’année, tant sur semaine que durant les fins de semaine. Un rapport sera envoyé en fin d’année aux bureaux de l’archidiocèse et sera ensuite envoyé à toutes les paroisses du diocèse à la fin de l’année pastorale ou fiscale. Grâce à ces données, nous pourrons adapter notre stratégie pastorale et administrative, en concentrant
notamment nos ressources d'évangélisation sur les zones où l'on observe soit un fort déclin, soit une communauté restreinte qui peine à assurer sa survie tant spirituelle que financière.
VISÉE ULTIME DE LA RESTRUCTURATION PASTORALE ET ADMINISTRATIVE
À ce moment-ci, j’aimerais rappeler à chacun de vous la véritable importance qui est sous- jacente à toute cette restructuration pastorale et administrative que nous envisageons et qui connaît déjà ses débuts discrets depuis un an : elle n'est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen pour arriver au but visé, car il ne s'agit pas d’entreprendre une simple restructuration qui s’appuierait uniquement sur l’état précaire de nos finances ou sur les changements démographiques qui nous affectent ces dernières années.
La restructuration à plusieurs niveaux doit se faire de manière ordonnée et intelligente, afin de libérer les énergies de tous, clergé et laïcs, pour le bien de la mission. Son objectif premier est la revitalisation spirituelle de l’ensemble de notre communauté chrétienne. Et ceci inclut également tous ceux et celles qui n’en font pas encore partie ou qui se sont éloignés de nos rangs pour toutes sortes de raisons au fil des années.
Pour nous permettre de mieux assimiler ces idées, projets ou concepts, utilisons des mots différents pour décrire la même réalité : dans un premier temps, la restructuration pastorale, spirituelle et administrative qui est déjà discrètement en marche dans notre archidiocèse, est une structure établie dans l’unique but de rejoindre davantage les gens qui ne fréquentent plus l’église régulièrement, ou encore pour rejoindre ceux qui vivent loin du troupeau de Jésus et qu’il veut à tout prix rejoindre et rassembler : « Allez donc! De toutes les nations faites des disciples… » (Mt 28, 19).
Dans un deuxième temps, les nouvelles structures qui sont et seront établies et qui nous permettront d’entrer dans un processus de conversion ou de renouveau spirituel authentique, permettront aussi aux chrétiens déjà pratiquants de devenir encore plus accueillants, plus charitables et plus invitants lorsqu’ils voient entrer les nouveaux membres dans leur église locale. Ils seront appelés à entretenir des relations plus profondes qu’avant avec les nouveaux arrivants. Ici, je l’avoue, le défi sera très grand, voire énorme, parce qu’en ces temps particuliers dans lesquels nous vivons, trop de chrétiens préfèrent vivre dans l’anonymat et la superficialité dans leurs relations avec autrui :
« J’aime bien mon voisin, mais pour autant qu’il ne vienne pas me déranger ou vouloir entrer dans ma vie! » Nous aussi, les catholiques d’aujourd’hui, nous subissons les conséquences néfastes que la société moderne de consommation et d’individualisme nous présente continuellement de mille et une façons.
UNE DÉCISION S’IMPOSE : J’EMBARQUE OU JE DÉBARQUE?
Le grand projet de la nouvelle évangélisation que je souhaite proposer à tout l’archidiocèse est-il vraiment réaliste, vous demandez-vous ? Va-t-il vraiment porter ses fruits ? Allons- nous gaspiller nos énergies dans une entreprise inutile ou vaine au fil du temps ?
Sans cette réforme, nous risquons d’entrer dans une phase de simple survie, attendant passivement la fin, comme branché sur un poumon ou un cœur artificiel qui nous permettra de durer seulement quelques années tout au plus. Pour ma part, je pense qu’il vaut mieux s’engager immédiatement à la suite de Jésus et essayer de vivre la mission d’apôtres et de disciples qu’il nous confie, plutôt que de rester branché sur notre respirateur artificiel en attendant que nos derniers catholiques aux cheveux blancs meurent et que le tapis glisse et disparaisse sous nos pieds.
LA NOUVELLE ÉQUIPE D’ÉVANGÉLISATION FAIT SES DÉBUTS
La nouvelle Équipe d’Évangélisation qui vient tout juste de voir le jour il y a quelques mois, vous sera présentée sous peu. Le coordinateur de cette nouvelle équipe, le Dr. Pierre-Alain Giffard, docteur en Évangélisation nouvelle, entretient des contacts réguliers à distance avec les membres de l’équipe le premier et le troisième mardi de chaque mois, de 19h00 à 20h30. Éventuellement, il entrera en contact avec les membres de notre clergé, avec les religieux-religieuses de notre diocèse, puis avec les paroissiens et paroissiennes, et enfin avec les organismes et associations chrétiens de tout acabit. Ceci afin de vous informer régulièrement des projets et des initiatives qui seront éventuellement mis en branle dans l’archidiocèse, après que nous aurons eu la chance d’élaborer sur ces nouveaux projets au sein de l’Équipe d’Évangélisation.
Les prêtres, diacres et agents pastoraux diocésains seront invités à se joindre librement à l’une ou l’autre des deux rencontres virtuelles mensuelles qui se tiennent les mardis en soirée. Pour recevoir le lien Zoom, vous n’avez qu’à communiquer avec M. Pierre-Alain Giffard à l’adresse suivante : pierre.alain.giffard@gmail.com Tous les acteurs ou participants qui se joindront librement à l’une ou l’autre de ces rencontres éventuellement, seront écoutés, voire consultés, avant que les membres de la nouvelle équipe d’évangélisation entreprennent les nouveaux projets dans le diocèse; le tout se vivra dans un esprit de dialogue fraternel et dans un esprit d’écoute et de partage respectueux. Nous prendrons le temps d’écouter attentivement la Parole de Dieu lors de ces consultations et en partageant ensemble les idées qu’elle nous inspire.
Depuis quelques années, sous l’impulsion et l’inspiration de notre Pape François, cette manière relativement nouvelle de procéder dans nos rencontres formelles ou informelles, se dit « synodale », au sens où elle intègre un temps d’écoute et de dialogue empathique les
uns envers les autres, et en nous centrant toujours sur le partage et l’écoute de la Parole de Dieu. Le terme synodal signifie en réalité « marcher ensemble. »
UN PROJET D’ÉVANGÉLISATION À SAVEUR « MISSIONNAIRE »
La première phase de la restructuration pastorale sera dite « missionnaire ». Pourquoi utiliser un tel terme? Allons-nous devoir quitter notre pays pour aller évangéliser d’autres pays, d’autres cultures, d’autres langues ou coutumes? Allons-nous devenir des martyres comme les missionnaires d’autrefois? Bien sûr que non. Le mot « missionnaire » veut simplement faire référence aux premiers missionnaires qui sont arrivés chez nous au début de la colonie. Ils arrivaient rempli du feu divin de l’Esprit, soucieux de répandre la Bonne Nouvelle de Notre Seigneur Jésus, dans un grand et vaste pays où le christianisme n’existait pas. Au contraire, les habitants qui y vivaient leur étaient très hostiles, pour la plupart, et se moquaient d’eux. Les premiers missionnaires ont dû s’adapter progressivement à la culture ambiante, sans s’imposer comme des dictateurs ou des gens plus intelligents qu’eux; à se faire proche de ces farouches habitants et petit à petit, gagner leur confiance assurément; à apprendre leur langue et leurs coutumes et en les christianisant du mieux qu’ils pouvaient pour respecter leurs traditions et habitudes sans les blesser, tout en leur proposant respectueusement la vérité de la foi chrétienne.
Que tous les catholiques et les gens qui ont pris des distances de la foi dans notre archidiocèse deviennent plus « missionnaires, » ce n’est pas seulement un rêve personnel, c’est avant tout le rêve de Jésus lui-même! Quand Jésus nous dit : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16, 15), il ne réserve pas ces paroles à une petite élite de disciples ou apôtres. Il s’adresse à tous les chrétiens. Et ensuite, il leur donne pouvoir et autorité même sur les démons… De plus, « ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris. » (Mc 16, 18) Jésus donne des pouvoirs à ses disciples pour qu’ils puissent convaincre davantage ceux et celles qui les écoutent. Et Jésus fait encore cela aujourd’hui de mille et une façons, spécialement dans les temps difficiles que nous vivons où la foi et la religion ont pris leurs distances, et le sécularisme a pris toute la place qui reste. Il nous suffit de comparer notre société d’autrefois à celle d’aujourd’hui pour comprendre que nous avons fini par jeter le bébé avec l’eau du bain lorsque nous avons entrepris de nous débarrasser complètement de Dieu dans nos vies et dans la société en général!
Redevenir missionnaire, c’est redevenir des chrétiens dont le cœur est enflammé constamment et quotidiennement par l’Esprit Saint, l’Esprit de feu que Jésus est venu répandre sur la terre. Comment pouvons-nous devenir des êtres « enflammés » par la force de l’Esprit? En accordant plus de temps d’écoute et de partage de la Parole de Dieu dans notre vie personnelle et en agissant de même lorsque nous rencontrons d’autres chrétiens dans nos comités ou projets communautaires. Sans la prière d’intimité avec Dieu, tous nos projets humains ne sont que brume qui disparait au premier rayon de soleil. La prière est
une conversation familière avec Dieu; nous devons nous entretenir chaque jour avec Dieu si nous voulons véritablement devenir des missionnaires qui portent de nombreux fruits spirituels.
PREMIÈRE PHASE DU PROJET D’ÉVANGÉLISATION : LA PRIÈRE
Comprenez maintenant pourquoi la première phase de la restructuration pastorale et administrative que nous entreprenons déjà en ce moment et pour les années à venir, sera appelée Phase de prière. Un moment essentiel où nous concentrerons nos efforts pour établir des groupes de prière dans chacune de nos paroisses, afin de promouvoir l’évangélisation et le renouveau de notre diocèse. Que ce soit dans une église, un sous-sol d’église, une salle communautaire ou même chez un ami, l’important est de se rassembler, même si nous ne sommes que deux ou trois réunis en son nom au début! Peu importe : nous persévérerons et attendrons de voir les fruits de l’Esprit se manifester parmi nous lorsque nous nous réunirons pour prier et louer Dieu. En faisant cela, nous recevrons des dons et des charismes spéciaux, comme Jésus nous l’a promis dans les Évangiles. Ces dons nous permettront de trouver des moyens d’atteindre ceux qui se sont éloignés ou tiédis dans leur foi, ceux qui ont abandonné leur foi d’origine et laissé l’esprit du monde s’insinuer progressivement en eux.
Comme les premiers missionnaires, nous oserons, à temps et à contre-temps, envers et contre tous s’il le faut, annoncer la Bonne Nouvelle à ceux et celles qui peinent sur le chemin de la vie; à ceux qui ont faim de la Parole de Dieu, même sans le savoir parfois. Imprégnés et enflammés par l’Esprit du Dieu vivant, nous serons fortifiés, inspirés et poussés pour faire l’effort d’aller vers ces voisins que nous avons souvent ignorés trop longtemps, peut-être. Un missionnaire, c’est tout simplement quelqu’un qui ose faire les premiers pas afin de faire connaître Dieu, parfois très lentement et avec beaucoup de charité et de patience. Il accepte le risque d'être rejeté ou ridiculisé par ceux que Dieu place sur son chemin et à qui il propose la foi chrétienne.
L'initiative du renouvellement de la vie de prière dans le diocèse est destinée à devenir un lieu de rayonnement des grâces de Dieu qui nous permettront de changer et de transformer lentement nos cœurs et nos communautés de l'intérieur. Et nous n’oublierons pas les malades ou personnes âgées ou isolées dans leur demeures ou foyers ou hôpitaux : une nouvelle confrérie verra le jour pour les intégrer dans le mouvement d’évangélisation missionnaire de l’archidiocèse et en y invitant ceux et celles qui aimeraient en faire partie. Ils seront ainsi reconnus et leur premier devoir sera de prier pour tous ceux et celles qui évangélisent directement ou indirectement dans le cadre de ce grand projet diocésain; ils les supporteront en offrant leurs prières, leurs souffrances et leurs sacrifices pour leur permettre de porter beaucoup de fruits lorsqu’ils évangélisent implicitement ou explicitement. Tout cela s'inscrit dans le grand virage missionnaire que nous devons
entreprendre pour continuer à vivre avec espoir et porter des fruits spirituels abondants à l'avenir.
EN CONCLUSION
Toutes ces initiatives et démarches que nous entreprenons et entreprendront sont interconnectées et ont pour but de préparer nos prêtres et diacres, nos religieux et religieuses et nos paroissiens à devenir encore plus conscients de la nécessité de nous restructurer à la fois sur le plan pastoral et financier, afin de ne pas entraver le renouveau spirituel si nécessaire à la survie et à l'épanouissement de nos communautés chrétiennes.
Le changement missionnaire que nous devons entreprendre, bien que difficile, ouvrira la voie à des temps meilleurs, je l’espère, mais à condition que nous construisions avec et pour le Seigneur, en fondant tous nos efforts sur la prière; pour ce faire, il nous faudra planifier de manière intelligente et rationnelle, tout en considérant que la dimension administrative comme quelque chose qui doit être mise au service de la mission et non pas l'entraver.
Dans chacune de nos communautés, il y a des catholiques profondément engagés, et il y en a beaucoup d'autres qui ont faim et soif de Dieu, même s'ils n'ont pas encore mis un nom sur cette faim et cette soif. Les énergies du diocèse doivent se concentrer vers eux. Pour que nous puissions accomplir cela plus efficacement, les structures doivent être identifiées pour ce qu'elles sont : des moyens pour atteindre une fin. En tant que moyens, ils doivent être optimisés afin de servir la fin : je parle ici de la mission de proclamer l'Évangile à ceux qui sont les plus éloignés spirituellement, même si ce n'est pas fait en fonction de la géographie.
J'ai une grande confiance dans le Seigneur, ainsi que dans la foi et la bonne volonté du clergé, des religieux et religieuses et des laïcs du diocèse. Ensemble, avec courage, nous pouvons laisser le Seigneur faire de grandes choses en nous et à travers nous.
Veuillez agréer, chers frères et sœurs dans le Christ, l’expression de mes meilleurs vœux ainsi que l’assurance de ma prière et de mon soutien fraternel.
Mgr Guy Desrochers, C.Ss.R.
Archevêque métropolitain de Moncton
